Rifat: de la Syrie au Québec

Le périple de Rifat jusqu’au Québec en est un des plus durs à écouter. Rifat est un réfugié syrien. Pour sa famille et lui, le départ de la Syrie commençait à prendre forme en 2014, alors que l’État Islamique avait pris possession de la moitié de la Syrie et voulait restaurer un califat sur tout le territoire.

À cette époque, Rifat et sa famille vivaient à Alep, la ville qui fut la plus détruite pendant le conflit syrien. Rifat était comptable avant la guerre et sa femme enseignante dans une école primaire, leurs deux enfants avaient à l’époque 5 et 8 ans. Vers la fin de l’année 2014, la ville est encore fonctionnelle, les rebelles et la coalition internationale chassent quelque peu l’État islamique de la ville.

Cependant, Rifat est tout de même perplexe par rapport à la situation. Il observe que certes, l’État islamique est chassé peu à peu, mais le conflit dans la ville d’Alep n’est plus seulement celui contre l’État islamique, un conflit continue entre les États-Unis et la Russie. Dans les rues de la ville, les monuments, les hôpitaux, les écoles sont en ruine, il ne sait plus qui est-ce qui combat qui. Rifat explique ainsi : « Trop souvent les combats éclataient entre Russes et Américains. Personnellement je ne croyais pas qu’ils étaient sur le terrain pour aider, trop de fois les frappes de drones se sont trompées ».

C’est au début de l’année 2015 que Rifat décide de partir d’Alep pour l’Europe avec sa famille. Ils prennent des camions, ils marchent, ils font ce qu’ils peuvent pour quitter le Moyen-Orient. Le premier objectif était Istanbul en Turquie, jusque-là le trajet est relativement faisable sans trop d’embuches. Mais les deux jeunes enfants et la femme de Rifat ont de la difficulté à le suivre. Le but était l’Europe, pas question de rester au Moyen-Orient, ni en Afrique du Nord.

 À Istanbul, Rifat trouve un passeur, qui accepte de passer sa famille et lui pour la somme totale de 5000 euros, soit la quasi-totalité de ce qui restait dans les poches de Rifat. Mais il accepte. Le but était de se rendre à l’île de Lesbos, une île grecque en face de la cote turque.

« J’ai tenté la chance d’aller en mer, nous n’avions pas le choix, pour les 5000 euros, on m’avait promis que ma famille et moi irions jusque sur le continent, que quelqu’un allait nous passer de l’île jusqu’à Athènes. On a pris le bateau dans la nuit, mes enfants étaient déjà morts de fatigue, ma femme aussi. Pendant la nuit, je réalise que ma femme et mes deux enfants n’en peuvent plus, ils sont bleus, ils tremblent, j’enlevais alors tout ce que j’ai pu pour les réchauffer. Lorsque je suis tombé du bateau dans la mer mouvementée, c’est la dernière fois que j’ai vu ma famille, la mer les a emportés à jamais, du moins c’est ce que je crois depuis un long moment déjà. »

Rifat s’est réveillé sur la cote grecque le lendemain matin, déboussolé, sans famille, sans rien. Il est resté dans un camp de migrants pendant un moment avant de se diriger vers Paris. Une fois arrivé, après avoir marché des jours et des nuits au soleil et a la pluie le sol européen il réussit à obtenir un statut de réfugié, après 3 mois de périple.

Ensuite après quelques mois de travail en France, Rifat entreprend les démarches pour le Québec, il arrive finalement au milieu 2017.

« 38 ans ce n’est pas trop vieux pour refaire ta vie après tout. »

Propos recueillis et article écrit par Tudor Ilie

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