Les écrivains Sud-américains et le français

 

            Dans un article du 30 janvier 2017 intitulé « Le cégep de New York», le chroniqueur du journal Le devoir Jean-Benoît Nadeau mettait en lumière la richesse que représente le français au Québec. Il imaginait une collaboration internationale renouvelée : « Il est vital que le Québec se donne un “Plan Amérique”, pour mieux exploiter sa principale ressource naturelle, qui n’est pas l’hydroélectricité, mais le français ».

            Pour développer ce « Plan Amérique », le Québec devrait tenir compte d’un nouveau contexte diplomatique concernant les pays de culture d’origine latine. De 1979 à 1990, treize pays de l’Amérique latine renversent la dictature. Ils se dotent d’institutions démocratiques assurant une stabilité et favorisant une nouvelle ère d’échange.

            Au fil des années, un attachement entre le Québec et ses voisins latins du Sud est devenu manifeste. Par exemple, lors du Sommet des Amériques en 2001, le Premier ministre Bernard Landry prononçait un discours en dépeignant les Québécois comme des    « Latins du Nord ». En faisant cette remarque, M. Landry soulignait l’inclination naturelle que les Québécois ont envers les peuples latins. Alors qu’en est-il des Latins du Sud ? Est-ce réciproque ? Qu’en est-il de l’échange entre francophones et hispanophones ?

 

Les écrivains latino-américains

            La relation chaleureuse envers la langue française existe aussi chez les Sud-Américains. Elle est perceptible à travers la position de plusieurs intellectuels latino-américains. Gabriel Garcia Marquez est l’un de ceux-ci. Après avoir amorcé sa carrière de journaliste dans le nord de la Colombie, il part pour la France en 1955. L’auteur de la biographie de Marquez, Gérald Martin, écrit : « Lorsqu’un Latino-Américain s’ennuie en Europe, il prend un train pour Paris […]». Il écrira sa première œuvre, « La hora mala », dans une mansarde parisienne. Le français occupera plus tard une place privilégiée dans l’imaginaire de Marquez. Dans son roman inoubliable L’amour au temps du choléra, il dépeint son personnage principal, le Dr. Juneval Urbino, comme un francophile donnant des leçons de français à son perroquet.

            Un autre intellectuel majeur, Mario Vargas Llosa, a baigné dans une culture française. Après avoir appris la langue à l’alliance française de Lima, au sud du Pérou, il part pour Paris en 1958. Dans une entrevue accordée à la Bibliothèque Médicis, Vargas Llosa avoue lui-même avoir une dette envers Flaubert, un géant français lui ayant montré le genre d’écrivain qu’il voulait être. Après avoir parlé de la révélation que fut Alexandre Dumas pour lui, il ajoute qu’il est devenu « très très jeune, un métèque avec une admiration pour la France extraordinaire ».

            Enfin, Pablo Neruda, grande figure de la poésie sud-américaine. Dès son entrée à l’université de Santiago en 1923, il s’inscrit en littérature française. Il se délecte des plus grands poètes français : Rimbaud, Baudelaire et Apollinaire. En 1949, il part pour Paris. Au Congrès mondial des Partisans de la Paix, il prononce un discours devant l’assemblée : « La persécution politique qui existe dans mon pays m’a permis d’apprécier le fait que la solidarité humaine est plus forte que toutes les barrières, plus fertile que toutes les vallées. » Cette solidarité entre les humains, Neruda l’avait puisée dans la philosophie humaniste française.

            Ces trois intellectuels ont donné à travers leurs œuvres une voix à des peuples qui furent souvent oubliés. Que ce soit en Colombie (Garcia Marquez), au Pérou (Vargas Llosa) ou encore au Chili (Neruda), ils ont permis au monde de comprendre d’un peu plus près la vie d’un Sud-Américain, dans la violence comme dans la grâce.

            Aujourd’hui, les trois écrivains font partie de la bibliothèque de la Pléiade, sorte de consécration symbolisant ainsi une immense reconnaissance par la culture française. Les trois débutèrent en lisant Alexandre Dumas. Ils l’ont maintenant rejoint.

 

Le Québec latin

            Grâce à la langue française, une histoire est transmise, pas uniquement celle de la France, mais celle de tous les humains. Le français permet de créer des rencontres, de se rassembler autour de l’esprit des Lumières. Et si Paris constitue encore un carrefour de l’universalisme, la perspective d’une culture de convergence et de dialogue au Québec à travers le français est aussi possible. C’est dans cet esprit que l’on devrait accueillir les Sud-Américains, parmi lesquels émergeront sans doute des écrivains immortels.

Édouard Mireault

Étudiant au Baccalauréat en enseignement du français langue seconde à l’Université Laval

Sources
http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/490370/le-cegep-de-new-york, consulté le 26 mars 2017.
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00173997/document, consulté le 26 mars 2017.
Allocution du premier ministre du Québec, Bernard Landry, à l’occasion d’une réception de bienvenue offerte aux représentants du Sommet des peuples des Amériques, Québec, 16 avril 2001.
Gerald Martin, Une vie, Grasset, 2009, p. 217.
Gerald Martin, p. 217.
http://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Mario-Vargas-Llosa-Peruvien-francophile-2016-03-24-1200748802, consulté le 26 mars 2017.
Entrevue de la Bibliothèque Médicis, 2016. Accessible sur YouTube.
Volodia Teitelboim, Neruda,  L’Harmattan, 1995, p. 49-50 et p. 294 à 296.

 

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