Le Groupe Des Sept

Comme beaucoup de Québécois francophones et francophiles, je me suis jusqu’ici penché essentiellement sur l’art québécois et européen, délaissant les réalisations picturales du Canada anglais, qui est pourtant physiquement si près de nous. L’indéniable dissemblance culturelle entre les deux principales communautés linguistiques du Canada m’avait sans doute dissuadé d’explorer davantage l’art canadien-anglais. Toutefois, à la suite d’une récente visite au Musée des Beaux-Arts d’Ottawa, j’ai pris la sage résolution de m’intéresser à l’art produit à l’extérieur de notre belle province. Étant moi-même un fervent amateur de l’impressionnisme et du postimpressionnisme, je suis rapidement tombé sur le charme du Groupe des Sept, dont j’ai eu la chance d’admirer une grande quantité de toiles qui sont présentées dans la salle d’art canadien du musée. Je me propose donc d’établir un très simple aperçu de l’histoire du groupe anglophone natif de Toronto – qui par ailleurs constitue sensiblement la version ontarienne du groupe de Beaver Hall de Montréal – ainsi que de leurs œuvres les plus attrayantes selon mon point de vue.

Le Groupe des Sept tire son nom des sept membres fondateurs qui étaient tous réunis au 63 rue Queen’s Park à Toronto en mars 1920 lors d’une soirée fatidique. Lors de cette réunion, les instigateurs du nouveau mouvement étaient déjà des personnalités notables dans le monde de l’art canadien; certaines de leurs œuvres avaient été acquises par le gouvernement, leurs expositions respectives avaient été couronnées de succès et ils étaient également tous membres du Club des Arts et des Lettres. Si Lawren Harris, J.E.H. MacDonald, Arthur Lismer, F.H. Varley, Frank Carmichael, Frank Johnston et A.Y. Jackson (le seul québécois du groupe) décident de s’unir solennellement lors de cette rencontre, c’est avec l’intention de proposer une nouvelle vision artistique du Canada qui représenterait plus adéquatement, selon eux, leur jeune nation en quête d’identité.

Photo des sept membres originaux du groupe
Les sept membres fondateurs du Groupe.

Cette quête iconographique avait toutefois débuté bien avant la rencontre de mars 1920. À dire vrai, les jeunes artistes du Groupe des Sept considéraient l’œuvre de Tom Thomson (1887 -1917) comme étant le préambule d’un art typiquement canadien délivré des influences européennes et américaines. Effectivement, Thomson – qui produit des toiles lors des deux premières décennies du siècle – demeure incontestablement l’inspiration principale du groupe d’hommes qui considère même le peintre comme étant un membre à part entière de la communauté, et ce malgré son tragique décès trois ans auparavant. Harris (1885 – 1970), le canalisateur du Groupe des Sept, commente ceci à propos de l’empreinte de son compagnon décédé :

« I have included Tom Thomsom as a working member, although the name of the group did not originate until after his death. Tom was, nevertheless, as vital to the movement, as much a part of its formation and development, as any other member. »

Le Groupe des Sept concevait le Canada comme étant un pays unique aux incomparables caractéristiques pittoresques qui le différencient encore aujourd’hui de tous les autres recoins du globe. Il faisait ici référence à son climat, sa géographie, ses terres sauvages; bref, à son écosystème qui n’a pas d’égal ni aux États-Unis, et encore moins en Europe. Ainsi, les sept membres ne pouvaient représenter adéquatement un territoire si extraordinaire et si sauvage avec des techniques picturales venues de l’extérieur, et par ailleurs inventées pour matérialiser des thèmes et sujets différents de ceux qu’ils voulaient attribuer au Canada. Pour ce faire, les artistes du Groupe des Sept, mais tout d’abord Thomson, entreprennent la représentation de l’esprit du Nord qui incarne, selon eux, le réel particularisme canadien – un peu à la manière du Curée Labelle au Québec. David Silcox, auteur d’une monographie sur le Groupe des Sept, commente :

« These painters of The North were riding the wave of patriostism that accompanied Prime Minister Wilfried Laurier’s huge expansion of Canada in the century’s first decade. With Laurier, the Group’s members […] were ready to shuck off what Harris called the gloom of a colonial attitude. »

En somme, la mission du groupe était donc une réelle croisade culturelle qui avait pour objectifs d’établir une réforme complète de l’histoire de l’Art du pays ainsi que de convertir ses habitants à une esthétique made in Canada.

Au cours des huit expositions présentées publiquement, qui s’échelonnent entre mai 1920 et décembre 1931, la composition du collectif se modifie quelque peu. À dire vrai, Johnston prend la décision de se retirer après l’exposition inaugurale; il devient alors très critique du groupe et de sa mission, mais également de l’art moderne en général. Six ans plus tard, le Groupe des Sept compte à nouveau sept membres avec l’introduction d’A.J. Casson, un jeune artiste commercial torontois. Edwin Holgate, qui rejoint le groupe en 1929, et le Manitobain LeMoine FitzGerald, qui est l’ultime adhérant en 1932, sont les derniers à avoir reçu la prestigieuse invitation des artistes du Nord.

Parallèlement, il est intéressant de souligner qu’à mesure que les peintres du groupe avançaient dans leur parcours, les frontières du Grand Nord évoluaient corollairement. Tout d’abord situé au lac Simcoe, à quelques kilomètres de la ville de Toronto, le Nord se déplace dans la Baie Georgienne et le parc naturel des Algonquins peu avant la Première Guerre mondiale. C’est ensuite au tour des rives nordiques du lac Supérieur d’accueillir le Groupe des Sept et leurs pinceaux. Il faut attendre le début des années 1930 pour que Harris et Jackson se rendent réellement en Arctique, concrétisant ainsi leur vision d’une nation nordique embrassant pleinement son vaste territoire sauvage. Harris commente :

« We came to know that the real tradition in art is not housed only in museums […] it is innate in us and can be galvanized into activity by the power of creative endeavour in our own day, and in our own country, by our own creative individuals in the arts. »

Malgré son incontestable succès et la grande influence qu’il a exercée au courant de son existence sur l’iconographie canadienne, le Groupe des Sept se dissout en 1933 pour donner naissance à un nouveau mouvement abordant l’art d’une manière plus accessible, mais également plus expressive; le Groupe des Peintres Canadiens. Ce dernier, composé largement de jeunes artistes, a également contribué à la renommée du Groupe des Sept en démocratisant davantage l’héritage de ces peintres du Grand Nord qui occupent aujourd’hui une place cruciale au sein de l’Histoire du Canada.

Adrien Larochelle


Sources :

Image de la couverture : Tom Thomson, Moonligth, 1913-1914.

Toutes les citations proviennent de : David P. Silcox, The Group of Seven and Tom Thomson, Ontario, Firefly Books, 2011(2003), 439 pages.

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