Du discours féministe

Au cours du dernier mois, plusieurs articles et prises de paroles m’ont fait réfléchir sur le féminisme. Ça a commencé avec un article de Lise Payette dans Le Devoir, « On les veut sages et souriantes », et son entrevue à TLMEP, pour se poursuivre ensuite avec la fameuse satire de Martineau qui a enflammé les réseaux sociaux. La polémique s’est poursuivie la semaine passée avec les déclarations de nos ministres, Lise Thériault et Stéphanie Vallée, qui se sont dissociées publiquement du féminisme, et la surprenante sortie de Marie-France Bazzo, qui s’est aussi dissociée de cette étiquette.

 

Ce qui lie entre elles ces différentes prises de paroles, c’est qu’elles m’ont fait prendre conscience qu’il y avait un problème avec le discours féministe. En effet, si ces femmes rejettent l’appellation féministe, comme on a pu le voir dans leurs explications, ce n’est pas parce qu’elles sont contre l’égalité homme-femme, mais qu’elles rejettent les moyens d’atteindre cette égalité que prônent constamment les féministes dans leur discours. Évidemment, je pense qu’il est absurde de se dissocier de ce mot qui implique tout simplement, comme le dit Miss Watson, que l’on croit que les hommes et les femmes doivent être égaux en droit et avoir les mêmes chances. Mais le féminisme, c’est aussi un mouvement politique qui tient un certain discours, ici, au Québec, et ce discours, je pense qu’il mérite d’être critiqué et repensé. Donc, en cette journée internationale de la femme, plutôt que de simplement condamner toutes les femmes qui ne se réclament pas du féminisme, je préfère m’attarder au problème du discours féministe actuel pour proposer une action féministe différente, qui serait plus adaptée aujourd’hui, en 2016, au Québec. Car je pense que c’est le désir d’un féminisme différent qui se cache derrière le discours confus des femmes qui rejettent cette l’appellation.

 

Un discours féministe problématique

Dans tous les articles féministes que j’ai lus cette année, on retrouve un discours très similaire et un même ton. La lutte n’est pas finie, les inégalités sont encore bien présentes entre les hommes et les femmes dans bien des domaines, et il faut que la politique et la société fassent quelque chose pour rétablir cette injustice. Il faut que les femmes se regroupent entre elles, car c’est seulement ainsi qu’elles ont un poids, et qu’elles « exigent » que le gouvernement prenne des mesures pour améliorer la condition des femmes (c’était l’objectif du Sommet des Femmes 2016[1]).

 

Lise Payette représente ce discours à son paroxysme, car non seulement elle considère que c’est seulement un regroupement de femmes qui peut changer les choses, mais elle est pessimiste quant aux femmes qui vont en politique changer les choses, car malheureusement ces femmes ne seront que les outils de ces Messieurs[2]! Cet article m’a fait grimper dans les rideaux, car plutôt que de se réjouir que des femmes aient des postes de pouvoir, elle n’est qu’insatisfaite et PRÉVOIT qu’elles ne pourront faire rien qui vaille parce que la politique est un monde d’hommes. Ce ton fataliste m’exaspère, et ce n’est pas en continuant d’avoir ce type de discours que l’on va changer la situation et donner espoir aux femmes de prendre la place à laquelle elles ont droit. En fait, Lise Payette plaque sur la réalité un rapport entre hommes et femmes des années 1960, mais heureusement, on a évolué depuis. Je vous encourage à aller lire « On les veut sages et souriantes », car cet article est le meilleur exemple d’un discours féministe dépassé, et qui doit absolument être réactualisé, car à mon avis, il est néfaste pour la cause de femmes aujourd’hui.

 

Vous pensez surement maintenant que je suis une naïve qui pense que le problème des inégalités est réglé, eh bien non. Je reconnais qu’il y a encore des inégalités au sein de notre société, et même bien plus grandes que ce que l’on souhaite s’imaginer. Cependant, ce que je me demande, c’est si le moyen employé par les féministes est le plus approprié. Est-ce en déplorant le sort des femmes et en « chialant » constamment sur la situation actuelle que l’on fait bouger les choses? Est-ce en revendiquant une plus grande égalité, et l’instauration de quota, que l’on va vraiment régler les problèmes que dénoncent les féministe? Est-ce en demandant à d’autres que soi-même de faire l’égalité homme-femme que l’on va l’avoir?

 

La problématique derrière les inégalités hommes-femmes

Commençons par cerner le problème. Pourquoi donc est-ce qu’il y a des inégalités entre les hommes et les femmes aujourd’hui au Québec, alors que nous sommes égaux en droit et que nous offrons aux hommes et aux femmes la même éducation et les mêmes possibilités d’emploi? Techniquement, nous devrions être égaux. Mais on n’a pas à chercher bien loin pour se rendre compte que, dans les faits, on est encore loin de l’égalité.

 

À mon avis, le problème des inégalités est causé par une mauvaise conception de la femme. Je la qualifie de mauvaise, car elle est responsable des inégalités, mais elle n’est pas mauvaise au sens où elle prend sa source dans la réalité. Ce que je veux dire c’est que, même si nous avons rationnellement une conception égalitaire de l’homme et de la femme, inconsciemment nous sommes encore aux prises avec des stéréotypes. Mais ce n’est pas par hasard que nous avons ces stéréotypes. En effet, ceux-ci viennent directement de la réalité dans laquelle on retrouve beaucoup de femmes qui, même si elles sont pour l’égalité homme-femme, ne se considèreront pas comme l’égale de l’homme, parfois même sans s’en rendre compte.

 

De ces constats, il ressort que la responsabilité de l’égalité entre hommes et femmes, aujourd’hui, au Québec, revient à la femme. Ce n’est pas au gouvernement de mettre en place des quotas, ou aux hommes de faire de la place aux femmes dans les lieux de pouvoir par exemple, mais aux femmes qui se disent féministes de passer des paroles aux actes et de déconstruire, par leurs actions, ces stéréotypes. Car, même si l’on instaure des quotas, et qu’on met davantage de femmes dans les lieux de pouvoir; des femmes qui n’ont pas nécessairement l’audace et la détermination nécessaire, ne feront pas forcément de bons modèles et ne changeront pas la conception de la femme que nous avons.

 

Il est important de bien distinguer deux problématiques, qui appellent des solutions différentes : le problème des inégalités hommes-femmes sociales, politiques et économiques, et celui des nombreuses agressions sexuelles faites envers les femmes. Dans ce second cas, même si la femme agressée portait la tenue la plus indécente au monde, la responsabilité de l’agression revient à l’agresseur uniquement, qui est un homme le plus souvent. C’est donc vers l’homme qu’il faut se tourner pour trouver une solution à ce problème. Cependant, pour ce qui est des inégalités, le problème est autre et c’est à la femme il me semble qu’incombe la responsabilité de cette problématique, car elle seule peut faire évoluer la situation.

 

Toujours pas convaincu?

Jennifer Lawrence, dans un court article qui s’appelle « Why do I make less than my Male Co-Stars[3]? », rapporte une anecdote très intéressante. Un hackeur aurait révélé au public le salaire distribué aux acteurs qui travaillaient au sein d’une même production, et on pouvait constater une tendance générale : les femmes, pour un rôle d’une même importance, avaient un salaire nettement plus faible que celui des hommes. Et ce phénomène, explique-t-elle, est tout simplement causé par le fait que les femmes sont moins intransigeantes quant au salaire qu’elles demandent. Alors que les hommes mettent leur poing sur la table et exigent un certain salaire, les femmes, elles, s’accommodent d’un salaire moins élevé.

Il me semble que cet exemple démontre le problème, qui est probablement le même dans bien d’autres domaines. Si la femme a moins que les hommes, c’est parce qu’elle réclame moins. Le discours féministe classique accuserait le producteur de sexisme, mais il me semble que ce serait seulement une manière d’éviter le vrai problème. Ce problème, et il est tout à fait clair ici, c’est tout simplement que la femme fait preuve de moins d’intransigeance et de fermeté quant à son salaire.

 

D’ailleurs, ce qui dérangeait le plus dans l’article de Martineau «  Les filles, c’est nono (Projet de monologue[4]) » dans lequel il dépeint le stéréotype de la femme qui se laisse faire, c’est qu’il y a malheureusement une part de vérité dans ce qu’il dit. Effectivement, la femme, dans plusieurs domaines de sa vie, est encore malheureusement plus « molle » que l’homme. Elle se soumet plus aux désirs des autres, plutôt que de devenir à la hauteur de ses ambitions.

 

Comprenez-moi bien. Je ne dis pas que la femme est NATURELLEMENT moins déterminée et moins capable de fermeté que l’homme, et donc qu’il n’y a rien à faire. Non, je tire simplement un constat à partir de la réalité actuelle. Vous m’accusez de généraliser? Oui, c’est bien ce que je fais, car je pense que c’est nécessaire pour pouvoir prendre conscience du problème et pouvoir s’y attaquer.

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Pour un féminisme différent

Comment faire pour être féministe aujourd’hui alors? En sensibilisant les gens afin de changer leur façon de percevoir la femme? Bien que ça ne puisse pas faire de tort, je ne pense pas que c’est la meilleure façon d’agir concrètement pour faire avancer la cause. Selon moi, c’est par des actes et non des paroles que l’on va changer la conception que nous avons des femmes. Car de voir une femme qui réussit ce qu’elle entreprend dans la sphère publique, n’est-ce pas la meilleure manière de changer réellement l’image de la femme qui nous habite inconsciemment? Une féministe, selon moi, devrait donc se concentrer à devenir un modèle pour la société afin de lui montrer qu’une femme est plus que le stéréotype qu’on en a. Et avec le temps, beaucoup de temps, les mentalités vont tranquillement continuer à évoluer, car évidemment, un tel changement ne se fait pas en claquant des doigts.

 

Nos deux ministres et Marie-France Bazzo sont donc, selon moi, de meilleures féministes aujourd’hui que bien des gens qui se disent féministes, paradoxalement. Oui, elles ont fait l’erreur de rejeter l’étiquette, ce qui est peut-être mauvais symboliquement pour la cause, mais en même temps, elles sont l’incarnation de l’égalité homme-femme et je les en félicite, car elles sont des modèles pour toutes les jeunes filles qui se demandent ce qu’elles vont faire plus tard. D’ailleurs, je trouve tout à fait odieux que l’on traite ces femmes d’ingrates, belles petites blanches privilégiées, nombrilistes et égoïstes qui, en se dissociant du féminisme, pensent nécessairement qu’elles sont des « self-made woman » qui oublient tout le travail qu’ont fait les féministes avant elles afin de leur donner la possibilité de se rendre où elles se sont rendues aujourd’hui.  Évidemment, elles ne se sont pas rendues là toutes seules, mais de faire abstraction de tous les efforts et de la détermination que ces femmes ont dû démontrer pour faire leur place dans ce monde d’hommes, je trouve cela fort injuste. On devrait valoriser l’exemple qu’elles sont plutôt que de les rabaisser, comme le font plusieurs féministes actuellement, notamment Geneviève St-Germain à TLMEP dimanche dernier.

 

Il est important de noter que je préconise ce féminisme aujourd’hui et au Québec. Dans d’autres pays, ce féminisme serait insuffisant et inapproprié. Je suis aussi d’avis que le féminisme de « lutte » et de revendication politique était tout à fait approprié il y a 50 ans et je remercie ces femmes qui se sont levées pour que j’aie les droits que j’ai aujourd’hui. Et bien que je n’apprécie pas le discours de Mme Payette aujourd’hui, je suis grandement reconnaissante pour son audace et sa détermination d’être allée en politique à cette époque.

 

Je vous souhaite donc une belle journée internationale de la femme 2016, et j’espère que cet article pourra alimenter votre réflexion sur le féminisme et la forme que celui-ci devrait prendre dans notre monde contemporain. « Parce qu’on est en 2015 », euh je veux dire en 2016.

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[1] PARÉ, Isabelle. « Des femmes exigent l’égalité entre les sexes », Le Devoir, http://www.ledevoir.com/non-classe/455907/manifeste-des-femmes-exigent-l-egalite-entre-les-sexes, consulté le 2 mars 2016

[2] PAYETTE, Lise. « On les veut sages et souriantes », Le Devoir, http://www.ledevoir.com/politique/quebec/461475/on-les-veut-sages-et-souriantes , consulté le 30 janvier 2016.

[3] LAWRENCE, Jennifer. « Why do I make less than my males co-stars? », Lenny Letter, http://us11.campaign-archive1.com/?u=a5b04a26aae05a24bc4efb63e&id=64e6f35176&e=1ba99d671e#wage , consulté le 2 mars 2016.

[4] Martineau, Richard. « Les filles c’est nono (projet de monologue) », Journal de Montréal, http://www.journaldemontreal.com/2016/02/10/les-filles-cest-nono-projet-de-monologue , consulté le 10 février 2016.

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Une réflexion sur “Du discours féministe

  1. Très belle réflexion ! Oui, vous apportez une bonne nuance : même si elles ont pris une position quelque peu déconcertante par rapport aux luttes féministes antérieures, Bazzo et les autres, par leurs réussites, pourraient incarner le féminisme contemporain.

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