Les principes sous le formalisme

La physique est bien plus qu’une série d’équations dénuée de sens. En son sein, chaque symbole sous-tend un principe philosophique, une réflexion profonde sur la nature ou sur notre capacité à l’étudier. La ressemblance entre la méthode philosophique et celle des physiciens est à s’y confondre. Basée à la fois sur l’induction et la déduction, seul l’objet de l’étude change. Aux deux questions fondamentales de l’existence : Qui sommes-nous? et d’où venons-nous? l’une va à la philosophie et l’autre à la physique.

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1ère édition de cette série de texte : De l’approche phénoménologique[1] de la physique quantique ou de la science après Husserl

« Faire de chaque idée et chaque image […] un lieu privilégié. » Voici comment Albert Camus résume l’approche phénoménologique dans « Le mythe de Sisyphe ». En niant le pouvoir transcendant de la raison, Husserl et les phénoménologues repensent la science et ses fondements d’alors. Ils critiquent l’explication unifiée, la volonté humaine de ramener la diversité des phénomènes naturels à quelques « grands principes » pour prôner plutôt une description objective et neutre, cohérente avec la théorie, mais basée sur les observations empiriques.

Depuis Newton et jusqu’au début du 20ième siècle, la physique s’était voulu science unificatrice. Ramener la chute d’une pomme aux mouvements célestes, les phénomènes électriques et magnétiques à une même force sous-jacente, témoignent de ce désir viscéral propre aux physiciens. Mais à trop s’élever dans l’abstraction, à trop chercher l’explication réductive, on perd les détails de la réalité. Par la présupposition qu’il est possible de « ramener la généralité des lois à la simplicité représentative de [quelques] processus sous-jacents[2] »,  l’homme peut trouver des liens de causalité là où il n’y en a pas. Dans ses livres, Milan Kundera nous fait voir à sa façon la facilité qu’à l’homme à attacher de l’importance, voire à donner un sens capital pour sa vie, à des évènements qui ne relèvent que du hasard.

Lorsque l’on demanda à Heisenberg ce sur quoi portait la mécanique quantique, celui-ci répondit qu’elle consistait à découvrir « les lois naturelles qui déterminent toutes les propriétés des particules élémentaires[3] » pour ensuite ajouter que « ces particules n’existent pas forcément » et que « l’acte de leur attribuer des propriétés n’a rien d’évident. » Derrière cette réitération fondamentale se cache toute la philosophie de l’école de Copenhague, très fortement inspirée de la doctrine phénoménologique de Husserl. Croyant qu’il n’est possible d’étudier la physique quantique qu’à l’aide de descriptions probabilistes dans lesquelles le fait même d’observer un phénomène le perturbe ou l’engendre[4], les physiciens de l’école de Copenhague redéfinissent la notion d’objectivité en sciences et font de leur domaine une science plus exacte que toutes les sciences recherchant réellement l’exactitude.

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L’école de copenhague

Le titre de ce texte, « de la physique après Husserl », ressemble presque à un abus de notation. L’approche phénoménologique de l’école de Copenhague lui est propre et il est rare de retrouver de philosophies semblables dans d’autres branches de la physique. De nos jours, les physiciens ont tendance à prendre leurs hypothèses comme absolues alors que l’édifice théorique sur lequel elles reposent est encore fragile. On débute la recherche en forçant les coïncidences, on expérimente en recherchant une conclusion cohérente avec les théories actuelles alors que celles-ci ne sont encore que spéculations.

Vaut-il mieux « laisser déborder la rivière des faits que d’accepter un glissement de son lit de précompréhension[5] » ? Dois-t-on laisser place à la subjectivité en physique? Peut-on faire confiance à l’intuition humaine?

La semaine prochaine nous discuterons de cet aspect plus subjectif de la science, à l’extrême de la philosophie de l’école de Copenhague. Nous verrons comment la cosmologie et les théories nouvelles voient la recherche et les objectifs scientifiques. J’espère que vous appréciez le concept et que mon écriture vous est accessible.

Théo Pinet

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[1] Je m’intéresserais exclusivement dans ce texte à la phénoménologie d’Husserl, ne connaissant pas bien celle d’Hegel ou les autres variantes de la théorie.

[2] Michel Bitbol, « Mécanique quantique : Une introduction philosophie », Flammarion, Champs Sciences

[3] Idem.

[4] Nous reviendrons sur le principe d’incertitude dans un texte ultérieur.

[5] L. Wittgenstein

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