Généalogie du trap

Le trap inspire chez moi une vive curiosité. Lorsqu’il a commencé à circuler dans mon entourage, je ne le laissais pas gagner mon intérêt. Je le trouvais malsain, superficiel et impertinent. Peu à peu, par la force des choses, je me suis laissé séduire par le mouvement. J’ai réalisé qu’il s’en dégageait quelque chose d’authentique et de raffiné. Il traduisait, avec le vapor wave et le cloud rap, très bien l’esprit de mon temps. Je me suis alors posé plusieurs questions sur son origine et je me suis demandé comment le hip-hop a pu migrer vers cette nouvelle construction musicale. Je tenterai dans ce texte de retracer ses origines pour en savoir plus sur le courant, et de comprendre pourquoi il est aussi présent dans ma génération.

Originellement, le terme trap réfère directement à un endroit où l’on vend de la drogue. Le terme représente aussi l’état psychologique de certains des artistes qui pratiquent le style de vie associé au trap. Ils sont piégés dans un mode de vie violent, excessif et fastueux. Cet univers est rattaché à la vente de narcotiques, à l’argent, aux armes en abondance, aux bars de danseuses et à l’usage de drogues. Certains artistes sont constamment en danger : ils sont toujours à risque de se faire prendre par la police ou de se faire descendre par une gang rivale. Ces pratiques mènent alors à la mégalomanie ou la paranoïa. Les jeunes s’enferment souvent dans des sous-sols sombres pour écouter le trap et y danser. Une des caractéristiques de cette musique réside dans la reproduction des sons de la Roland TR-808 Drum Machine, une boîte à rythmes née en 1980 et utilisée dans le trap pour reproduire des sons de sub bass kick drums profonds et grondants, accompagnés d’éclats de snares et de hi-hats nerveux et frissonnants. À ces sons, s’ajoutent ceux émanant de synthétiseurs agressifs et une mélodie sinistre, troublante et décadente. Les paroles sont souvent vides, brutales, misogynes, et parfois inspirées de faits réels. Très présent et influent dans le pop, ses échos se manifestent partout, en France, en Allemagne, au Japon, etc. C’est l’hybride naturel entre la musique électronique EDM (electronic dance music) et le hip-hop ; les deux communautés s’y rejoignent. Son cœur virtuel est SoundCloud, une plateforme où n’importe qui peut diffuser ses créations musicales. Cela fait d’elle une musique très démocratique et accessible. Grâce à Internet, le trap est porté par un esprit communautaire ; chacun peut participer à son expansion et sentir qu’il appartient au milieu.

Un documentaire publié par Noisey, la faction musicale du magazine Vice, m’a aidé à explorer Atlanta, la ville centrale du trafic de drogues aux États-Unis et le centre culturel du Trap. Décentralisée, cette ville s’est développée de façon très chaotique. Le documentaire trace le parallèle entre l’histoire d’Atlanta et celle du transport aux États-Unis. Toutes les routes qui se dirigent vers l’Est passent par Atlanta. C’est pourquoi y règne un trafic de narcotiques important. Le journaliste de Vice interroge Curtis Snow, un vendeur de drogues très connu d’Atlanta. Il nous affirme que les studios de trap et la production de la musique elle-même servent souvent à y blanchir de la drogue. Le journaliste nous en apprend aussi sur la façon particulière dont la musique est diffusée. Le producteur envoie ses morceaux à un label, qui les renvoie à un distributeur. Ce qui est plutôt singulier, c’est le fait que ce sont les stripteaseuses qui choisissent les morceaux sur lesquels elles veulent danser. C’est à Magic City, le plus gros bar de danseuses d’Atlanta, que les labels, les artistes et les gens du milieu se rencontrent. Les artistes les moins connus peuvent espérer y lancer leur carrière.

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Le Magic City à Atlanta, Géorgie, Source

On apprend aussi que c’est dans cette ville que se réunissent plusieurs producteurs tels que Zaytoven, Sonny Digital, TM88, Metro Boomin et plusieurs autres. Mike Will Made It a été lancé par Gucci Mane et son cousin Wacka Flocka Flame. Il jouit maintenant d’une renommée internationale et a, en quelque sorte, popularisé le trap au point d’arriver à l’intégrer à la zone du mainstream. À preuve, il a notamment travaillé pour Miley Cyrus, Rihanna et Mariah Carey. Alors qu’autrefois, les producteurs de hip-hop restaient dans l’ombre, aujourd’hui, les beats détonnent tellement qu’ils sont devenus le centre de l’attention.

Le Trap prend ces racines dans le rap du sud des États-Unis. En 1997, dans la Nouvelle-Orléans, Master P entreprend la création du label No Limit Records qui fut un succès imminent. Dans son catalogue, on retrouve les noms de Silkk the Shocker, C-Murder, Mia X et plusieurs autres. Leur style crunk se démarquait par la nonchalance, un son minimaliste, répétitif et un usage fréquent de la basse et de la boîte à rythmes. Les membres de No Limit apparaissaient dans tous les magazines du Sud. Ils rivalisent dans la Nouvelle-Orléans avec le groupe Cash Money Millionaire dont Lil Wayne faisait partie.

Au Texas se démarquaient les géants du rap, Scarface et ses Geto Boys, ainsi que le groupe légendaire UGK. À Memphis, émerge le groupe Three Six Mafia, sûrement très influent pour ce qui est du trap, notamment avec leur album Mystic Stylez, associé à la vague horrorcore du rap. Dans cet album, le groupe joue avec l’imagerie satanique. De ses beats, plane cette même atmosphère hantée qu’on retrouve dans le trap aujourd’hui. Les musiciens font usage du hi-hat : les paroles subissent des effets de distorsion et de ralenti tout en étant répétées. Le flow du groupe et sa manière de rapper sont très répandus dans la musique d’aujourd’hui. Juicy J a émergé de ce groupe ; on pourrait croire qu’il est revenu d’entre les morts en profitant de la vague trap. De Memphis, proviennent aussi les légendaires 8ball et MJG.

Les paroles ralenties et « découpées » que nous entendons parfois dans des morceaux trap sont inspirées de la technique « chopped and screwed » exploitée par le Texan Robert Earl Davis Jr., alias DJ Screw, alors qu’il ralentissait des morceaux de hip-hop pour ses amis.

À Atlanta, dans les années 90, le terme « trap » faisait référence aux crackhouses et plusieurs artistes font usage du mot dans leurs chansons, dont Outkast, Ghetto Mafia et A-Dam-Shame. Certains se surnommaient des trap stars et exposaient fièrement leur vie de narcotrafiquants. Quelques-uns rapportaient leurs véritables expériences et d’autres ne faisaient que théâtraliser un vécu imaginaire. Ce mouvement a pris de l’ampleur dans les années 2000, notamment avec les productions de T.I, Young Jeezy et Gucci Mane, pour culminer dans une apothéose, avec les beats de Lex Luger.

Ainsi, le rappeur d’Atlanta, T.I, sorti en 2003 l’album Trap Muzik, où se mêlent luxe et tragédie, deux thèmes que la vente et la dépendance lient inexorablement l’un à l’autre dans le fascinant monde de la drogue. On y décrit la vie d’Atlanta, ses gangs et leurs commerces illicites.

En 2005, Young Jeezy, un artiste issu du label Quality Sound Records, sous la direction de Coach K, après sa mixtape Tha Streetz iz Watchin en sort une autre, Trap or Die, de même que son album platine, Lets Get It Thug Motivation 101. Jeezy, dans les années 2000, fréquentait Big Meech et sa Black Mafia Family, un réseau de narcotrafiquants originaires de Détroit. Installés à Atlanta, depuis la fin des années 90, ces derniers expédiaient sur le territoire américain la cocaïne reçue du Mexique. Ils se couvraient derrière un label du même nom. Leur unique rappeur se nommait Blue DaVinci. Dans les années 2000, Big Meech, son frère et 2500 autres membres du réseau seront arrêtés. Ils ont aidé à lancer la carrière de Young Jeezy en imposant sa musique dans les bars de danseuses et en prêtant au rappeur des bijoux et des voitures de luxe pour ses clips.

Signé par le label de Coach K, le rappeur d’Atlanta Gucci Mane sortit aussi en 2005 son album Trap House. Il avait travaillé avec Young Jeezy pour enregistrer le morceau « So Icy ». Gucci a été produit par Zaytoven. Ce dernier, entrainé par le producteur JT The Bigga Figga et influencé par le son de San Francisco, est un des pionniers du trap d’aujourd’hui. Jeezy et Gucci vont avoir de nombreuses altercations qui vont vite déraper. Des amis de Jeezy sont même allés chez Gucci pour l’attaquer. En réaction, Gucci a sorti son pistolet et tué l’un d’eux. Son geste fatal fut jugé comme un acte de légitime défense.

Gucci a toujours été un travailleur acharné. Il est maintenant considéré comme une déité dans l’industrie musicale d’Atlanta. Il est celui qui repère les nouveaux talents. Lui, Coach K et Zaytoven ont entre autres produit le trio de cousins Migos. Leurs tubes aux refrains addictifs projettent un son brutal et vénéneux. Ils apportent un nouveau jeu de rythmiques et de cadences au trap.

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Gucci Mane, Source

En 2007, Gucci Mane va fonder 1017 Brick Squad, le label qui va recruter Lex Luger, Chief Keef et Wacka Flocka Flame. En 2010, Lex Luger, grâce au logiciel Fruity Loops, devient le clou du trap qu’on connait aujourd’hui. Très jeune, il produisait à la vitesse de l’éclair des morceaux en énorme quantité sur une version piratée de Fruity Loops. Il est allé jusqu’à abandonner l’école pour produire. Il envoyait ses beats à plusieurs artistes par courriel. C’est Wacka Flocka Flame qui va l’inviter à venir travailler avec lui à Atlanta. Il produira alors plusieurs morceaux pour l’album de ce dernier, Flockaveli, dont le succès « Hard in the paint ». C’est avec ce morceau que le trap va se transformer. Lex produit aussi plusieurs morceaux de l’album Teflon Don de Rick Ross, notamment son B.M.F (Blowin’ Money Fast). Il est l’investigateur des canons musicaux du trap ; des hi-hats mitraillés, des snares secs et des hymnes menaçants. Tous les producteurs vont s’en inspirer. Il sera le beatmaker le plus demandé de 2010.

Alors que l’atmosphère glauque d’Atlanta s’étend à toute l’industrie musicale, c’est au tour de Chicago d’y imposer son climat. La ville compte 60 000 membres de gangs, elle a un déficit de 744 millions de dollars et son taux d’homicides est deux fois plus élevé que celui de New York et de Los Angeles (Diamond, 2012). Ses quartiers les plus défavorisés comptent de nombreuses fusillades liées à son problème de gangs. Certains élus seraient même prêts à déployer l’armée pour y mettre de l’ordre. Ses habitants y vivent une souffrance profonde et ses jeunes, souvent décrocheurs et chômeurs, peinent à envisager l’avenir. Cette ambiance lugubre et négative qui plane sur les rues de Chicago contribua à l’enfantement d’un dérivé du trap, qu’on appelle le drill. La structure de ses beats est très similaire à celle du trap, mais le son est caractérisé par une tonalité particulièrement morbide, oppressante et hypnotique, à l’image d’une jeunesse en perte de contrôle, s’inclinant vers les abîmes. L’ambassadeur du drill, Chief Keef, n’a eu besoin ni d’argent ni de label pour produire à 16 ans, à l’aide de Lil Reese, son hit percutant, « I Don’t Like » qui récolte alors plus de 18 millions de vues. Kanye West, un rappeur très influent lui-même natif de Chicago, va remixer ce morceau. Chief Keef, âgé seulement de 17 ans, va ensuite signer un contrat de plusieurs millions avec le label Interscope. King Louie, Young Chop et Lil Durk font aussi partie de la scène drill. Lupe Fiasco, un rappeur natif de Chicago, après avoir vivement critiqué le mouvement drill et Chief Keef, s’est rapidement fait insulté et menacé par ce dernier sur Twitter. Précédé par sa réputation, Keef a été cloué au pilori lorsqu’il a envoyé un tweet riant de la mort d’un de ses rivaux Lil JoJo. Il s’est alors défendu en plaidant qu’il avait été piraté.

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Chief Keef (à droite), Source

Viendront finalement s’ajouter au trap d’autres figures emblématiques telles que Rae Sremmurd, Future, 2 Chainz, OG Maco, Rich Homie Quann, French Montana, Young Thug, ILoveMakonnen, Travi$ Scott, Schoolboy Q, A$AP Mobb, Peewee Longway, Fetty Wap, Young Scooter et bien d’autres. Une éternité ne saurait suffire pour décrire chacune de ces figures aussi colorées les unes que les autres.

Le trap reste un phénomène mystérieux. L’ambiance qui s’en émane canalise les pulsions et les instincts les plus profonds d’une partie de notre jeunesse. Comme son nom l’indique, il répond au fantasme collectif de se retrouver piégé dans le style de vie qu’il évoque. Les échos gothiques de cette vie oppressante et exubérante font vibrer nos passions contemporaines. Ils se manifestent dans notre environnement comme un grand rêve commun sur lequel nous n’avons aucune maîtrise. Atlanta est le centre hégémonique d’une force esthétique qui dépasse l’entendement.

 

 

Voici les sources que j’ai utilisés lors de la rédaction

DJ MAG, Site web de DJ Mag, “Trap Music : Under Lock and Key” (en ligne) http://djmag.com/content/trap-music-under-lock-key, 28 février 2013

CHICAGO READER, Site web du Chicago reader, RAYMER, Miles “ Who owns trap” (en ligne) http://www.chicagoreader.com/chicago/trap-rap-edm-flosstradamus-uz-jeffrees-lex-luger/Content?oid=7975249, 20 novembre 2012

LA WEEKLY, Site de L.A Weekly, HAITHCOAT, Rebecca, “ What the hell is trap music (and why is dub step involved ?) 4 octobre 2012

LIVEMIXTAPES, Certified Trap épisode 1, Documentaire, 31 août 2012, https://www.youtube.com/watch?v=hoIT8cDFEwo

THABO MILTON WORDPRESS, Blog de Thabo Milton Jonas, MILTON-JONAS Thabo “Genre Analysis (EDM) Trap Music”, 3 mars 2015, https://tmiltonjonas.wordpress.com/2015/03/02/genre-analysis-edm-trap-music/

COMPLEX, Site du magazine Complex, DRAKE, David,Real Trap Sh*t ? The Commodification of Southern Rap’s Drug-Fueled Subgenre “, 9 octobre 2012, http://ca.complex.com/music/2012/10/real-trap-sht-the-commodification-of-southern-raps-drug-fueled-subgenre

WESTWORD, Site de Westword, HUBBELL, Noah, “From UGK to Chief Keef : a Look at the history of trap in rap and its subsequent influence on drill”, 23 octobre 2013, http://www.westword.com/music/from-ugk-to-chief-keef-a-look-at-the-history-of-trap-in-rap-and-its-subsequent-influence-on-drill-5687320

MTV, Site de la chaîne de télévision MTV, REID, Shaheem, Gucci Mane say’s “ I’m not a murderer”; Young Jeezy denies involvement in case” 27 mai 2015, http://www.mtv.com/news/1503092/gucci-mane-says-im-not-a-murderer-young-jeezy-denies-involvement-in-case/

NEW YORK TIMES, Site du journal le New York Times, PAPPADEMAS, Alex ,“Lex Luger can write a hit rap song in the time it takes to read this”, 4 novembre 2011, http://www.nytimes.com/2011/11/06/magazine/lex-luger-hip-hop-beat-maker.html?_r=1

ZUMIC, Site de Zumic, LYONS, PatrickBehind the boards producer profile : Lex Luger”, 12 février 2014, http://zumic.com/2014/02/12/behind-the-boards-producer-profile-lex-luger/

VICE, Site du magazine Vice, ONE, Dave  “The Geography of Hip-Hop”, 1er décembre 2011, http://www.vice.com/read/the-geography-v8n10

THE ASTRAL PLANE, Site de The Astral Plane, DILDOSHAGGINS, “The Potent Nihilism of Sosa”, 17 décembre 2012, http://dotheastralplane.com/2012/12/17/the-potent-nihilism-of-sosa/

THE ATLANTIC, Site de The Atlantic, JEFFRIES, Michael P. “ The Blandification of Southern Rap”, 14 juin 2012.http://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2012/06/the-blandification-of-southern-rap/258482/

CHICAGO MAGAZINE, Site web du Chicago Magazine, MOSER, Whet, “ Why are there so many gang members in Chicago ?”, 27 janvier 2012 http://www.chicagomag.com/Chicago-Magazine/The-312/January-2012/Why-Are-There-So-Many-Gang-Members-in-Chicago/

LA VIE DES IDÉES, Site de la vie des idées, DIAMOND, Andrew J. “Chicago : une ville au bord du gouffre”, http://www.laviedesidees.fr/Chicago-une-ville-au-bord-du-gouffre.html

COMPLEX, Site web du magazine Complex, “Trying to Make Sense of Chief Keef and the chaos in Chicago”, DRAKE, David, TURNER, David, 17 septembre 2012, http://ca.complex.com/music/2012/09/trying-to-make-sense-of-chief-keef-and-the-chaos-in-chicago/page/2

FORBES, Site web du magazine Forbes, SETARO, Shawn, “ Street Execs : Carrying On Atlanta Traditions”, 30 mars 2015, http://www.forbes.com/sites/shawnsetaro/2015/03/30/street-execs-carrying-on-atlanta-traditions/

FADER, Site web du magazine The Fader, ZEICHNER, Naomi,” Beat Construction : Zaytoven”, 31 juillet 2013, http://www.thefader.com/2013/07/31/beat-construction-zaytoven

 

L’écriture de ce texte a été en grande partie guidée par ce documentaire que je vous recommande fortement :

NOISEY MUSIC BY VICE, Noisey Atlanta, Documentaire, CAPPER, Andy, MORTON, Thomas  Épisodes 1 à 10, http://noisey.vice.com/fr/noisey-atlanta

 

Jesse Lee Niquette Buxton

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