Liberté, Égalité, Fraternité…Sécurité?

La conférence COP21 qui se déroule du 30 novembre au 11 décembre à Paris est la 21e réunion annuelle de l’ONU sur les changements climatiques. Son objectif est de contraindre ses membres, et particulièrement les gros pollueurs de la planète (USA, Chine et Inde), à s’engager à limiter le réchauffement climatique en dessous du fatidique 2 oC d’ici 2100. Toutefois, plusieurs activités entourant cette extraordinaire conférence qui devrait réunir 25 000 participants et attirer environ 40 000 curieux ont dû être modifiées, voire annuler. C’est le cas de la grande Marche pour le Climat qui devait avoir lieu ce dimanche à Paris. En fait, dans le cadre de l’état d’urgence qui est toujours en vigueur en France, aucun rassemblement n’est toléré et toutes les manifestations prévues à Paris ont été préalablement interdites. Ces mesures de sécurité sont évidemment directement en lien avec les récents attentats qui ont bouleversé la capitale il y a quelques semaines à peine. Refusant de céder à la pression de la terreur, le président Hollande a décidé d’augmenter considérablement la sécurité autour de la conférence, plutôt que de l’annuler ou de la reporter.

C’est sur cette question de la sécurité que je veux ici m’attarder en utilisant le récent exemple de Paris pour illustrer mes propos. En effet, les incidents du vendredi 13 ont remis sur la scène politique un enjeu particulièrement sensible depuis le 11 septembre 2001, celui de la sécurisation. Cette fois-ci, c’est l’Europe qui se retrouve confrontée à la menace terroriste. La question que tous se posent ; comment va-t-elle réagir? On sent déjà que l’espace Schengen vacille alors que les yeux du monde entier sont rivés sur Paris outragée et sa tant attendue conférence. Peu importe notre opinion sur les faits, des changements cruciaux s’imposent à la France, mais également à ses alliées qui se sentent tout autant menacées par cette vague de violences islamistes. Malgré tout, les gouvernements et l’opinion publique occidentale se querellent toujours sur la matérialisation tangible de ces modifications à effectuer le plus promptement possible.

Inévitablement, une voie demandant l’accroissement du financement et du déploiement des services de sécurité s’élève dans les pays occidentaux. C’est l’idée que défend, entre autres, l’éditorialiste allemand Berthold Kohler dans son article du 15 novembre 2015 publié dans un des plus grands journaux allemands. Il écrit : « Les États occidentaux doivent donner à leurs citoyens ce que les terroristes veulent justement leur ôter : le sentiment de sécurité.[1] » Pour Kohler, et une profusion d’autres chroniqueurs adhérant à cette opinion, la France et les nations héritières des valeurs de la Révolution et du Printemps des Peuples – dont le Canada fait partie – s’ils veulent préserver leur emblématique triade de liberté, d’égalité et de fraternité, doivent dorénavant faire reposer ces nobles idéaux sur une valeur, certes plus écrasante, mais garantissant davantage d’indéfectibilité; celle de la sécurité. Par ailleurs, c’est indéniablement la direction qu’a pris le gouvernement Hollande lorsqu’il a décidé, par mesures répressives préventives dans le cadre de l’état d’urgence, d’assigner à résidence plusieurs militants écologistes pour la durée de la conférence.

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Mix & Remix paru dans le Matin dimanche

En réaction à ce type de convictions, un autre groupe de pensée, devant la panique de la population et la crainte de réaction disproportionnée et xénophobe en provenance de celle-ci, propose un discours différent. En effet, certains voient cette intensification de la sécurité comme étant néfaste et indésirable pour nos sociétés. C’est le cas du journal britannique The Economist qui, le lendemain des évènements meurtriers de Paris, disait : « Faudra-t-il mettre en place en Europe des mesures de sécurité du type de celles qui existent en Israël, avec des contrôles dans toutes les grandes villes? Cela semble politiquement impensable et économiquement désastreux. Et ce serait la preuve la plus claire que les terroristes ont gagné.[2]  » C’est assurément la prise de position de certains des manifestants qui ont bravé l’État d’urgence à Paris hier pour manifester avec l’intention de faire passer leur message environnemental malgré les attentats.

Cependant, dans notre réalité quotidienne il faut se demander jusqu’à quel point pouvons-nous aliéner nos valeurs pour assurer une sécurité plus efficace, mais surtout, quelles concessions juridiques sommes-nous enclin à faire pour vaincre le terrorisme? Car, il serait naïf de croire qu’une sécurité et une surveillance globale accrue, seule arme efficace dans cette guerre qui se gagne par le renseignement, n’empièteraient pas sur nos droits et libertés actuels.

Dans ces circonstances, voulons-nous d’un État pacifique où toutes les libertés de chacun seraient garanties par la loi dans toutes circonstances possibles, mais qui serait conséquemment plus vulnérable à des attaques terroristes toujours plus menaçantes? Ou voulons-nous d’un État policier qui envahirait nos vies privées, mais qui nous fournirait une meilleure protection grâce à des moyens draconiens de collectes d’informations et de préventions arbitraires? Ce sont bien entendu deux aperçus disproportionnés, mais je crois qu’ils illustrent bien la situation dans laquelle se trouvent présentement les Français, mais également les Québécois dans une moindre mesure. En vérité, le défi est de trouver le précieux équilibre entre libertés individuelles et sécurité collective. Vu la complexité de la tâche, ce débat de société capital et le dilemme qu’il suscite sont des enjeux qui continueront de marquer la politique de chaque pays pour les décennies à venir sans le moindre doute.

Pour ma part, bien qu’il soit extrêmement délicat de trancher une question si antagonique, je crois sincèrement qu’en matière de lutte antiterrorisme et de sécurité nationale, il ne faut pas oublier pourquoi l’on se bat. C’est-à-dire, que selon moi, il serait paradoxal de brimer nos droits constitutionnels dans le but de protéger notre liberté. En ce sens, notre propre combat ne doit jamais mener à la dégénération de nos valeurs et de nos idéaux, car cela signifierait la trahison de l’essence même de notre lutte et du pourquoi de l’existence de nos sociétés.

Adrien Larochelle

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[1] Courier international, Numéro 1307, p. 3.

[2] Courier international, Numéro 1307, p. 8.

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