Terroriste ou dégénéré?

Le terrorisme a un besoin indéniable de médiatisation. Sans  diffusion de l’information, des actes se voulant de terrorisme insurrectionnel n’atteignent pas leur objectif : celui de faire souffrir psychologiquement en ciblant au hasard. C’est le propre de la terreur. Par ailleurs, la notion de hasard n’est pas accessoire dans la définition. Pensons au cancer. C’est une maladie d’autant plus terrifiante qu’elle cible, justement, au hasard. On peut avoir une santé irréprochable et malgré cela en être atteint.

Un gouvernement qui contrôle les médias et qui sait étouffer les revendications que ciblait un attentat peut épargner la souffrance psychologique à sa population qu’entraînerait un attentat médiatisé et, donc, potentiellement terroriste.

Cela cause une situation bien particulière. D’une certaine façon, c’est avec nos propres outils que nous nous faisons peur. Évidemment, on ne peut abolir la liberté de presse : c’est un principe inaliénable.

Sachant que les conséquences du terrorisme dépendent de notre réaction, on peut alimenter différemment nos médias, nos politiciens les premiers.

À ce sujet, c’est surtout des attentats du 13 novembre que l’on traite. Je souhaite plutôt parler d’événements antérieurs à ceux-ci en mettant l’emphase sur la réaction des politiciens par rapport à certains attentats.

Le 8 mai 1984, Denis Lortie, militaire canadien, s’introduit au Parlement du Québec ayant comme objectif de tuer les députés du Parti Québécois et le Premier ministre, René Lévesque. Il tua trois personne et en blessa plusieurs. C’est notamment Pierre Mailloux (oui, le Doc Mailloux) qui était sur le cas de Denis Lortie avec d’autres experts en psychiatrie. Ils lui attribuèrent un trouble de schizophrénie paranoïde  ajoutant qu’il croyait agir selon la volonté de Dieu suivant une lumière.

Les politiciens ont parlé de lui comme d’un homme isolé et dégénéré : un malade mental.

Il y a un an et un mois, deux dégénérés agissant seuls ont commis des actes similaires, mais, pourtant, les évènements ont été interprétés différemment.

D’abord, Martin Couture-Rouleau écrasa deux militaires à Saint-Jean-sur-Richelieu, en tuant l’un d’eux avant de se faire abattre. Le surlendemain, Michael Zehaf-Bibeau tua un soldat à l’extérieur du Parlement canadien, y entra et y mourut.

Dès le lendemain, Harper parlait de l’incident du militaire écrasé par une voiture d’acte de terrorisme. L’homme s’était converti à l’Islam, mais fallait-il mentionner avant toute chose qu’il était musulman? La façon dont a été traité l’évènement a attisé la peur du terrorisme alors qu’il aurait été souhaitable de l’interpréter sous un autre angle. Martin Couture-Rouleau était avant tout une tête brulée, c’était un dégénéré agissant seul au nom de sa folie. Et c’est d’autant plus vrai pour le tireur du Parlement canadien.

On parle de lui comme d’un délinquant habituel ayant déjà été maintes fois arrêté, d’un toxicomane et d’une personne avec des troubles mentaux. Mais c’est le fait qu’il soit également un musulman qui est ressorti. Ayant traité de l’évènement de Saint-Jean-sur-Richelieu comme d’un acte terroriste, il allait de soit qu’il fut traité pareillement par Harper. Puis, comment les médias allaient titrer leurs articles ou les premières pages? Citer l’homme de pouvoir du pays, le Premier ministre, est quelque chose de très normal lorsque des évènements graves surviennent (pensons à Hollande et à la quantité de ses citations de nos jours).

Pourquoi Harper n’a-t-il pas réagi comme le Québec l’avait fait lors de l’incident Lortie? Les trois cas mentionnés sont des meurtres qui ont été commis portant un discours irrationnel, un discours de cinglé. Le cas de Lortie a été traité à la hauteur (ou à la bassesse) de son discours. C’est un malade mental, voilà tout. Il était également fédéraliste, il en voulait aux souverainistes d’exister. Il agissait même selon la volonté de Dieu, comme les deux autres, mais probablement pas selon la volonté du même Dieu.

Le gouvernement du Québec de l’époque n’avait pas fait de millage politique à ce sujet. C’est tout le contraire de Harper qui a, quelque temps plus tard, basé sa campagne sur la sécurité, exaspérant la peur du terrorisme. C’est absolument révoltant d’attiser la peur ­— voire de la créer — à des fins électoralistes. En fait, en soi, qu’importe l’objectif, attiser la peur est quelque chose de condamnable.

Ce qu’on peut comprendre de tout ce récital est qu’il y a plusieurs façons de traiter un problème. C’est la prédominance de la peur envers l’Islam, encouragée par les dirigeants, qui a permis à une interprétation des évènements de Saint-Jean-sur-Richelieu et du Parlement d’Ottawa de supplanter une autre interprétation qui déplorerait également ces malheureux incidents, mais, cette fois, commis par des hommes à l’esprit dérangé et non pas par des terroristes islamistes. Cela ne demande pas pour autant un contrôle des médias comme mentionné plus tôt et, pourtant, la souffrance psychologique souhaitée par le terrorisme serait étouffée.

Puis, à quel point le premier incident a-t-il causé l’autre deux jours plus tard? On ne pourra le savoir. Mais avec tout l’affolement, le bruit et la gravité qu’on a donnée au militaire mort écrasé par Martin Couture-Rouleau, l’hypothèse que cela ait entrainé l’intrusion dans le Parlement canadien de Michael Zehaf-Bibeau m’apparait sensée. Le terrain était placé pour qu’un deuxième attentat frappe encore plus les esprits.

Avoir un discours sérieux et rationnel par rapport à des revendications insensées et un discours irrationnel n’est pas la chose à faire : cela rend véritable et raisonnable des propos qui ne le sont pas. D’une certaine façon, cela justifie des actes qui sont indéfendables et injustifiables de par leurs reconnaissances par les autorités. Traiter de l’auteur du premier attentat comme d’un cas isolé, sans revendication autre que la folie de son auteur n’aurait pas trouvé écho chez aucune autre personne puisque agissant en ce propre nom. Parce que les musulmans s’épuisent à le rappeler : ce n’est pas l’Islam, ce ne sont que des discours de dégénérés qui doivent être traités tels qu’ils sont.

En France, on peut se poser la même question : à quel point les attentats de Charlie Hebdo peuvent être lié ou avoir influencé ceux du 13 novembre? Peut-être que j’y reviendrai.

 

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